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A chacun son chemin    
Site de l'association des Randonneurs et Pèlerins 51             

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LES CHEMINS



Quelques mots de Roland au retour de Compostelle



Le chemin de Roland : 100 jours, environ 3000 kms
Epernay - Le Puy - Compostelle Fisterra et retour jusqu'à Bayonne
(du 26 mars au 2 juillet 2007 - par Roland).


    Le Chemin de Saint Jacques de Compostelle, j'y pensais depuis au moins 3 ans, car l'heure de la retraite approchait. Pour moi ce chemin était une façon de tourner la page de la vie active et de commencer ma dernière, et j'espère, grande étape de ma vie. Mon sac était prêt depuis plus d'un an, Christian connaissait mon impatience.

    Au mois de mars lors de la réunion au Foyer de la Charité de Baye, j'avais prévu mon départ le 8 avril. Je ne tenais plus, j'étais prêt, je décide donc mon départ le matin du 26 mars, le jour de mes 57 ans.
    Petit déjeuner pris en compagnie de François, Christian et Georgette… Champagne, et à 9 heures, c'est le départ avec mon carrix.

    Je suis arrivé au Puy en Velay, via Vézelay. après 21 jours. Chaque matin je ne savais pas où je dormirais le soir, sachant que j'avais avec moi une tente. Durant ces 21 jours, j'ai dormi 5 fois sous la tente, 6 fois en gîte et les autres nuits je les ai passées chez l'habitant, chez Emmaüs, au secours catholique, et dans l'Yonne sous un chapiteau de cirque.
    Dans l'Aube un couple de retraités m'a invité à partager leur repas du midi, un autre couple m'a offert du bouillon le soir, le café le matin et 3 oeufs pour manger le jour du vendredi Saint. Le soir du dimanche de Pâques je l'ai passé dans une famille qui avait des invités, le repas était excellent, nous avons bu du Champagne… Un couple de Suisse retapant une maison dans la Nièvre m'a hébergé. Nous nous sommes revus en août en Suisse. J'ai rencontré le premier pèlerin Yves à Vorey, une étape avant le Puy. Yves m'a accompagné jusque Pampelune, avec Willy le belge.

    Au Puy, la bénédiction des pèlerins a été faite par l'Évêque Monseigneur Brincard. Ce fut un moment fort, il y en aura d'autres sur le chemin.
    Second départ vers Roncevaux. Première rencontre avec deux religieuses, Soeur Claire et Soeur Marie Benoit qui se rendaient à Lourdes, nous faisons un bout de chemin ensemble. Notre rencontre ne s'arrêtera pas là puisqu'elles sont venues passer cinq jours en août avec nous en Haute-Savoie.
    Ma tente à regagné la Champagne. Maintenant je dormirai dans les gîtes.
    Et puis, il y a Conques qui surgit au bout du chemin, le repas du soir pris avec les rencontres de la journée, le chant du pèlerin, etc... Un matin, au détour d'un chemin je découvre les Pyrénées, il me faudra quelques jours avant d'y arriver car elles sont encore bien loin. Et c’est Saint Jean Pied de Port et enfin Roncevaux. La nuit dans la collégiale, cette grande bâtisse sans fenêtre, les lits à étages accolés deux par deux sur 3 rangées.

    Troisième départ 737 Kms me séparent de Santiago.
    C’est à Pampelune que Willy et Yves me quittent. Yves chaque soir préparait le repas, moi je faisais la vaisselle.
    A Zubiri, j'ai fait la connaissance de trois coréens : 2 filles et un garçon. Je ferais plusieurs étapes avec eux, puis d'autres coréens sont venus nous rejoindre. Nous marions la cuisine coréenne à la cuisine française et partageons des repas inoubliables. La journée j'effectue mon chemin en solitaire.
    Dans les albergues, les dîners ont toujours été conviviaux.

    Il y eut Burgos et sa cathédrale, Léon, la meseta, le vent, le brouillard, les matins où il a fait 5 degrés, Cruz de Fero, Manjarin, la fontaine à vin, la borne des 100 Kms que j’arrose tout seul avec un verre de vino tinto.

    Je fais la rencontre de David, pompier à Bordeaux, qui lui aussi a un carrix modifié, avec deux roues, il termine son tour d'Europe en huit ans. Il l'avait commencé à vélo, puis en roller avec le carrix. I l est en autonomie, il dort sous la tente. Il a toute sa nourriture « en lyophilisé ». Il fût très content de me rencontrer car le moral n'y était plus. Nous ferons les 9 jours qui nous séparent de     Santiago ensemble.

    Enfin Monte Del Gozo, « Le mont de la Joie », le mardi 5 juin près des statues des deux pèlerins nous découvrons enfin la cathédrale de Santiago. Il y a une messe à 20 heures à la petite chapelle, nous y allons. Je fais connaissance d'une dame coréenne
    Mercredi 6 juin : La dame coréenne Min Sook, David et moi partons pour Santiago. Notre joie est grande. J'embrasse le panneau. Nous voici au pied de la cathédrale, puis nous allons chercher notre Compostella. A midi, c'est la messe à la cathédrale. La cathédrale est bondée. Là je pense que chaque personne, en particulier les pèlerins (les vrais), nous vivons des moments intenses. Les larmes me viennent car je pense à ceux qui ont rejoint le champ des étoiles et en particulier à une amie qui nous a quittés quand j'étais sur le chemin. Visite de la cathédrale.
    Nous nous offrons le restaurant : Poulpo et paëlla avec vin de la Rioja.
    Nous dormons à l'albergue San Lazaro à Santiago. Demain David repartira en France. Min Sook m'accompagnera pendant les trois étapes, jusqu'à Fistéra où nous arriverons main dans la main pour la photo, car un couple de québécois que nous avons connu à Negreira, Jean et Claire, sont là pour nous accueillir. Ils ont fait une étape en bus. Le soir nous sommes tous allés voir le coucher du soleil et pris un bain dans l'Océan. A la borne 0 km, j'ai brûlé un short.
    Le lendemain retour à Santiago. Je quitte Min Sook et deux japonaises.
    Je prends le bus pour Mélide car je ne suis pas prêt pour rentrer en France. Lorsque l'on quitte Santiago, on quitte beaucoup de choses. J'ai besoin de me retrouver seul. Je décide donc de rentrer par le chemin du nord.

    Sur ce chemin, chaque jour je me suis perdu, car faire le chemin à l'envers est très difficile. Celui-ci n'étant pas bien balisé et de nombreux travaux pour la réalisation d'une autoroute sont en cours. J'ai fait la plus grande partie de ce chemin sur les routes. A Baamonde, un breton m'a parlé de deux rémoises rencontrées sur le chemin.

J'ai été ébahi par le Musée Guggemheim à Bilbao.
Ce fut un retour en solitaire, les rencontres se faisaient le soir dans les albergues. J'ai fait plusieurs étapes de plus de 50 kms.
    Puis c'est l'arrivée à Irun, Bayonne le 2 juillet, la cathédrale où je retrouve une personne que j'avais rencontrée à San Vincent De Baquera, où elle tient des permanences pour l'accueil des pèlerins. Cette arrivée à Bayonne me ramenait 37 ans en arrière, car c'est ici que j'ai effectué mon service militaire .
    Puis le train de nuit et l'arrivée à Épernay, 100 jours et 3000 kms environ. Un comité d'accueil est sur le quai de la gare : François, Francis, Christian, Martine et Georgette : séquence émotion. J'oubliais mon ami fidèle : mon carrix à qui je dis merci.

    Ce fut un chemin de rencontres, d'amitiés, de joies et de peines. J'ai eu de la chance car le soleil m'a accompagné une grande partie du chemin. J'ai quand même rencontré la neige, les nuits froides sous la tente, la pluie, la boue, le brouillard et le vent.
    J'ai perdu 8 kilos mais je crois avoir trouvé autre chose..... Car sur ce chemin, il se passe plein de choses extraordinaires « des grâces » comme dit Soeur Marie Benoit... En voici une... A Santiago, je quitte Min Sook à l'angle d'une petite rue, je prends cette rue et j'entends appeler « Roland », c'étaient mes deux coréennes Mi Sook et Young Sook que j'avais quitté 10 jours plus tôt en pensant ne jamais les revoir. Nous sommes tombés dans les bras l'un de l'autre et nous avons pleuré....

    Voilà un petit bout de mon chemin.
    Roland

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